Le Petit Fr@terNet Solidaire : Vous avez créé récemment l’association tsampa equita* : pouvez-vous nous la présenter ?
C.G. : Nous avons créé l’association Tsampa équita en juillet 2002, après un voyage de deux mois en Himalaya indien pendant lequel nous assurions le suivi d’un programme de l’association écologique lyonnaise Tierra Incognita.* Ce programme portait sur les déchets ménagers à Tabo, petit village d’Himachal Pradesh. Il s’agissait d’abord pour deux villageois volontaires de Tabo de suivre un stage à Dharamsala, petite ville en Himalaya indien, où se trouve un centre écologique dynamique et innovant, qui leur a enseigné la
fabrication du papier recyclé (manuellement et mécaniquement) et les a formé au tri sélectif des déchets ménagers (voir photo). Le programme se poursuivit, et continue aujourd’hui, à Tabo où les villageois mettent en application leurs nouvelles connaissances.
P.F.S. : Que veut dire « tsampa equita » ?
C.G. : Le nom "Tsampa équita" signifie la reconnaissance pour chaque personne d’avoir des droits, comme celui de vivre de sa propre production et dans la spécificité de sa propre culture, puisque :
« Tsampa » est la base traditionnelle de l’alimentation tibétaine (farine d’orge grillée, consommée mélangée à du thé beurré salé.) Depuis l’invasion du Tibet par la Chine, l’orge est de plus en plus remplacé par le riz, non cultivable en altitude.
« Équita » veut dire équitable, équité ; reconnaissance des droits de chaque personne.
P.F.S. : Pour quoi l’association « tsampa equita » agit-elle ?
C.G. : Tsampa équita agit :
pour les énergies renouvelables, afin de garantir à tous et toutes un accès aux énergies non polluantes et qui préservent l’environnement,
pour le commerce équitable, pour que les petits producteurs puissent vivre de leur travail,
par des parrainages, parce que l’accès à l’enseignement est une clef essentielle pour choisir sa vie.
par des publications informant sur les peuples victimes de discriminations.
P.F.S. : Comment fonctionne l’association ?
C.G. : Tsampa équita fonctionne d’une part grâce à des subventions, principalement de fondations ; d’autre part grâce à ses adhérent(e)s, qui cotisent à prix libre à l’association et/ou effectuent des dons. L’adhésion et la vente de brochures sont à prix libre, afin de permettre à tous et à toutes de participer à l’association et d’accéder à l’information, sans discrimination économique. Deux fois par an, un petit journal informe ses adhérent(e)s de la vie de l’association et sur des sujets d’actualités en lien avec ses actions. Le numéro un est prévu pour l’automne 2002 (c’est bientôt, et on y travaille !).
P.F.S. : Que faites-vous concrètement dans l’association ?
C.G. : Actuellement et concrètement, plusieurs actions sont en cours à Tsampa équita :
en partenariat avec l’association écologique Tierra Incognita, une aide à la mécanisation d’un atelier papier recyclé à Tabo, village en Himalaya indien.
une aide à la mise en place d’une micro turbine hydraulique à Tabo, pour alimenter les machines de cet atelier papier, voire une école du village.
la recherche de personnes ou des écoles pouvant effectuer des parrainages avec des enfants ou des classes, essentiellement des Tibetan Children Village.
la réduction des piles "à la source" par la conception d’une lampe solaire européenne pour l’Europe, et indienne pour l’Inde.
la publication de "Violence à l’encontre des femmes au Tibet" une brochure à prix libre, avec les éditions « La Criée »*.
Notre objectif n’est pas de créer des besoins nouveaux là où ils n’existent pas, mais d’aider à satisfaire des besoins déjà existants et non satisfaits. En bref, Tsampa équita a pour vocation de toujours répondre à une demande locale et non d’imposer des projets.
P.F.S. : Quel est votre parcours, qu’est-ce qui vous a mené à créer tsampa equita ?
C.G. : Cyril Grez est spécialiste et professionnel des énergies renouvelables, et moi je viens d’achever un deuxième cycle d’études en anthropologie. J’ai déjà voyagé quatre mois en Himalaya en 2000. Je suis co-auteur du livre "Prisons de femmes en Europe"*, un rapport d’observation publié en 2001 par les éditions Dagorno, et auteur du livre "Dame Nature est mythée", éditions Carobella Ex-natura*, janvier 2002.
Pendant notre voyage de deux mois en Himalaya indien, nous avons à la fois été frappés par la pauvreté de l’Inde et par la richesse de la France. Nous pensons qu’un des problèmes auxquels de nombreuses populations sont confrontées est une mauvaise répartition des richesses, et qu’avec peu de fonds récoltés en France nous pouvons donner les moyens à de nombreuses personnes en Inde de réaliser leurs projets. Il peut être intéressant aussi de s’interroger sur la provenance des richesses des pays du G7, dont fait partie la France. A la demande des villageois de Tabo, nous avons étudié la possibilité de mettre en place une turbine hydraulique dans leur village, où l’alimentation électrique actuelle est très aléatoire (des coupures de plusieurs semaines). Nous avons également visité le Tibetan Children Village de Patli Khul, près de Manali, et nous avons été impressionnés par la détermination, mais aussi par la détresse de la communauté tibétaine en exil. De retour en France, nous avons créé Tsampa équita afin de poursuivre les projets élaborés sur place et d’informer sur la situation au Tibet. Mais nous estimons que certains "développements" ne concernent pas que certains pays éloignés, par exemple la situation des énergies renouvelables en France est loin d’être "développée". C’est pour cela que Tsampa équita agit aussi ici. La création de Tsampa équita répond donc à des affinités personnelles mais son existence concerne évidemment bien plus que quelques personnes !
P.F.S. : Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées et/ou que vous rencontrez (financements, administratif, etc.) ?
C.G. : Tsampa équita est une nouvelle association, nous travaillons actuellement à la faire connaître, à récolter des fonds pour les actions en cours, à la rédaction du premier numéro du journal. Une première version du site Internet est en ligne depuis quelques semaines. Nous n’avons pas (encore ?) rencontré de difficultés significatives !
P.F.S. : Quels sont projets à court et long terme ?
C.G. : En plus des actions ci-dessus citées et auxquelles nous travaillons, nous souhaitons informer et amener les gens à réfléchir sur les pays du Tiers Monde, sur la mauvaise répartition des richesses, sur les énergies solaires. Nous espérons que le journal sera un espace de réflexion intéressant et dynamique ! Nous projetons de retourner en Himalaya indien lorsque la turbine sera mise en place à Tabo, également pour rencontrer à nouveau les personnes parrainées et pourquoi pas pour mettre en place de nouveaux projets ?
P.F.S. : Comment arrivez-vous à concilier votre activité associative avec vos autres activités ?
C.G. : Nous avons eu la chance de disposer d’assez de temps libre pendant l’été 2002 afin de bien procéder au "lancement" de l’association. D’autres personnes sont heureusement également intéressées par Tsampa équita et n’hésitent pas à donner de leur temps et de leur énergie pour aider à tenir un stand, faire une traduction, faire connaître l’association, etc... Nous formons actuellement une équipe dynamique et assez disponible pour tenir tous les engagements de l’association ; un de nos objectifs est bien sûr de continuer à nous développer, mais en ayant conscience de nos limites de disponibilités.
Site de l’association « Tsampa Equita »
Contactez l’association « Tsampa Equita »
Site de l’association « Tierra Incognita »
Site des éditions « La Criée »
Site "Prisons de femmes en Europe"
Adresse des éditions « Carobella Ex-natura » : 12, rue du gazomètre - 69003 LYON